France-Sénégal, le chassé-croisé des générations

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Ils effectuent en sens inverse le voyage qu’avaient fait leurs parents. De plus en plus de Français d’origine sénégalaise partent tenter leur chance dans ce pays d’Afrique de l’Ouest qu’ils ont seulement connu enfant pendant les vacances.

Depuis sept mois, le caquètement infernal de ses « sujets » résonne à ses oreilles comme la plus belle des mélodies. Claquettes aux pieds, maillot de l’Atlético de Madrid sur le dos, Alassane Dia marche la tête haute dans son nouveau royaume de Déni Guedj, entouré de ses deux mille poules pondeuses. Ce coin rural du Sénégal, situé non loin du lac Rose, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Dakar, est sa terre promise. « Ici, j’ai trouvé ma vie », dit-il. Pourtant, il n’y a pas grand-chose autour de lui si ce n’est du sable, quelques arbustes, l’océan au loin et son… modeste poulailler. Le 24 décembre 2021, le garçon de 29 ans à la dent argentée et au sourire contagieux a lancé son affaire et vend depuis des œufs à la pelle. « Je ne peux pas suivre la demande », assure-t-il.

Il y a plus de deux ans, juste avant que la pandémie de Covid-19 ne paralyse la planète, Alassane Dia choisit de quitter le bitume de Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, pour s’installer au pays de ses parents. En France, où il est arrivé de Matam (à l’est du Sénégal) à 9 ans, il a l’impression d’étouffer, de tourner tel un derviche sans horizon dans son quartier et de « se tuer en intérim ». « Pourquoi doit-on souffrir au travail ? Ce n’est pas mieux d’être plus libre ? », s’interroge-t-il.

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« Les gens ne comprennent pas pourquoi je suis venu ici. Ils disent : “Il a laissé la France pour investir dans les poulets, c’est un fou”. » Alassane Dia

Le jeune homme rêve d’un autre quotidien, plus simple, sans béton, « où tu profites de la vie », insiste-t-il. Mais que faire avec un CAP bâtiment en poche ? Il se met à chercher sur les réseaux sociaux et sur YouTube les secteurs dans lesquels la diaspora peut investir au Sénégal et tombe sur « aviculture ». « J’entends que ça marche », se souvient-il. Comme Alassane Dia n’a pas assez d’argent, il convainc un de ses amis de se lancer avec lui dans le poulet et s’envole, avant le premier confinement de mars 2020, pour Dakar avec 30 000 euros.

Avec cette somme, il trouve un terrain de 600 mètres carrés en dehors de la capitale, construit son poulailler et embauche deux jeunes gardiens. Son existence prend, d’un coup, une autre envergure : Alassane Dia devient chef d’entreprise. « J’ai pris un risque, je n’y connaissais rien, à ce secteur, j’avais zéro expérience, souligne-t-il, avant de se retourner vers l’un de ses salariés en souriant. Les gens ne comprennent pas pourquoi je suis venu ici. Ils disent : “Il a laissé la France pour investir dans les poulets, c’est un fou”. »

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