Cinéma : à Dakar, l’école Kourtrajmé veut « casser les codes »

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Le réalisateur Ladj Ly a ouvert un centre de formation dans la capitale sénégalaise, devenue incontournable dans la production audiovisuelle en Afrique.

C’est l’histoire d’une mère de famille qui doit annoncer au téléphone à son mari que leur fille est malade. Le dialogue est imaginé par Seyna Youssouf Condé, apprenti scénariste à l’école de cinéma Kourtrajmé, qui a ouvert ses portes à Dakar le 17 janvier. « Pour cet exercice, j’ai choisi le drame. L’art est une façon pour moi d’exprimer mes sentiments », dévoile l’homme de 28 ans.

C’est au cœur de la capitale du Sénégal, dans d’anciens bureaux reconvertis en espace culturel, que le collectif cinématographique français Kourtrajmé a ouvert sa première école en Afrique. Son fondateur, Ladj Ly, réalisateur du film Les Misérables, primé à Cannes en 2019 puis aux Césars en 2020, a déjà ouvert deux établissements en France : l’un en 2018 à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), l’autre en 2020 à Marseille.


Les élèves, tous sénégalais, viennent d’univers très différents, comme ceux de la littérature, des sciences ou même de la banque. Kiné Niang, 30 ans, est diplômée d’un master en statistiques et économétrie : « J’ai toujours été intéressée par l’écriture scénaristique, mais ce n’était pas facile de trouver une formation. Quand j’ai été sélectionnée par l’école Kourtrajmé, j’ai pris la décision d’arrêter mon stage en community management et de faire une croix sur cette carrière pour poursuivre mon rêve », témoigne la jeune femme, qui n’a pas encore osé en parler à son père de peur qu’il ne comprenne pas son choix.

Plusieurs séries à succès
L’école, gratuite, n’impose aucune condition de diplôme ou d’âge. « Notre ambition est de former cette nouvelle génération aux métiers du cinéma. L’accès aux écoles est d’habitude compliqué, car elles sont chères et demandent un minimum de niveau d’études. Nous, nous voulons casser les codes », explique Ladj Ly.

Le réalisateur français avoue que l’idée avait d’abord été de s’installer dans son pays d’origine, le Mali. Mais la crise sécuritaire l’en a dissuadé. Le choix s’est alors porté en 2021 sur Dakar. Le projet a pris plus d’un an de retard à cause du Covid-19 et des lourdeurs administratives, selon Ladj Ly. Le cinéaste a aussi été mis en cause, en février 2021, dans une enquête en France pour abus de confiance et blanchiment visant l’association qui administre l’école. Les investigations sont terminées et le parquet dit examiner les éventuelles suites à y donner.

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Pourquoi avoir jeté son dévolu sur Dakar ? « Le Sénégal accueille beaucoup de tournages internationaux, ce qui permet d’avoir des techniciens de qualité, plus que dans les autres pays de la sous-région », note Toumani Sangaré, membre fondateur de Kourtrajmé et directeur de l’école dakaroise : « Le pays est devenu incontournable dans la production audiovisuelle, surtout de séries. »

Effectivement, depuis 2019, plusieurs séries produites au Sénégal font des millions de vues sur Internet et sont regardées dans toute la sous-région et par la diaspora. D’ailleurs, d’autres écoles de cinéma se sont lancées à Dakar, comme Cinekap, du producteur Oumar Sall (qui a notamment produit Atlantique, de Mati Diop, sélectionné au Festival de Cannes en 2019), et le Centre Yennenga, du réalisateur Alain Gomis, qui propose un espace de formation aux métiers du cinéma dans le but de fabriquer des films africains.

« Je veux libérer leur parole »
A Kourtrajmé, l’un des défis était de trouver des enseignants sénégalais ou africains, et non des Européens qui repartiraient après avoir partagé leur savoir. Dialika Sané, scénariste de séries comme « C’est la vie ! » ou « Wara », diffusées sur TV5 Monde, encadre les cours d’écriture de scénario et de dialogue. « L’industrie cinématographique sénégalaise est en train d’exploser, mais les règles d’écriture ne sont pas respectées pour le moment », explique celle qui pousse ses élèves à travailler en groupe : « Ils doivent apprendre les règles pour pouvoir ensuite les déconstruire s’ils le souhaitent. Il faut qu’ils se démarquent de ce qui se fait pour le moment. »

Un autre enjeu est de leur apprendre à s’exprimer en public pour savoir « pitcher » un scénario, étape incontournable pour convaincre un futur producteur. « Je veux libérer leur parole et les pousser à être eux-mêmes, car en tant qu’Africains, on ne nous laisse pas beaucoup de place dans le milieu du divertissement », estime Dialika Sané. Un travail de longue haleine que le collectif Kourtrajmé aimerait répliquer dans d’autres pays d’Afrique francophone, comme le Mali, la Côte d’Ivoire ou le Burkina Faso. Deux écoles devraient aussi bientôt voir le jour à Madrid et en Guadeloupe.

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