Avec le coronavirus, le masque africain fait sa révolution

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La pandémie de Covid-19 a fait entrer le traditionnel masque africain dans la modernité. Plus qu’un outil de protection, il devient un accessoire de mode, un support militant ou publicitaire, et même un moyen de préserver son anonymat…

Accolés l’un à l’autre, les mots « masques » et « Afrique » ont longtemps renvoyé à une iconographie essentialiste et colonialiste : celle des masques africains, sculptés dans le bois ou fondus dans le bronze, artefacts de collection pour les anciens maîtres toubabs et, parfois encore, supports de rites animistes chez quelques rares tribus d’Afrique.

Ce n’est plus le cas. Le masque est entré dans la modernité. Il n’est plus celui exposé dans les musées et dans les collections privées. Nous sommes à l’ère du masque-barrière, désormais érigé en accessoire vestimentaire, voire en objet fashion, au même titre que le sac à main pour ces dames ou que le mouchoir de poche pour ces messieurs.

Au Sénégal, le ministre du Développement industriel a fini par suspendre l’arrêté par lequel il voulait imposer des normes scientifiques pour la fabrication des masques, ce qui a ouvert la boîte de Pandore : tout le monde peut en coudre, et les tailleurs, prompts à flairer le bon filon, s’en donnent à cœur joie sur leurs machines.

Un festival de motifs et de slogans

C’est ainsi qu’après avoir été l’objet d’une certaine défiance, puis d’un grand nombre de détournements humoristiques, le masque-barrière est devenu un must, toutes couches sociales confondues.

Il y a bien sûr les masques chirurgicaux aux couleurs insipides et aseptisées, vendus en pharmacie et qu’il faut changer toutes les trois heures. Pour qui aspire à plus de fantaisie, il y a aussi le masque en tissu dit africain (le wax hollandais), estampillé « masque alternatif lavable, made in Sénégal », avec son festival de couleurs et de motifs ethniques. Ou alors le masque socialement engagé où, sur fond blanc, s’affichent messages de sensibilisation, gestes-barrières et numéros de téléphone dédiés à la lutte contre le coronavirus.

Sans oublier ces masques publicitaires, qui arborent tantôt le swoosh de Nike, la pomme croquée d’Apple ou le sigle d’une chaîne de télévision locale, ou encore ceux qui rendent hommage aux marabouts des différentes confréries musulmanes (« après les masques chirurgicaux, les masques « serignegicaux »», a osé un twitto, les Serignes étant les marabouts, en wolof).

Dans cette joyeuse démocratisation, les recommandations pour son juste port ne sont pas toujours respectées, tant s’en faut. Les attaches sont bien derrière les oreilles, mais le masque est parfois sous le nez, sous le menton, voire carrément sur le front, tel le foulard du rappeur Tupac. D’autres croient bon de le porter sur la nuque, comme une casquette à l’envers. Il est nécessaire de bien enfiler son masque et de le retirer avec précaution pour éviter de propager le virus.

En cette ère de Covid-19, le Sénégal est en passe de devenir un vaste Wakanda, dont les habitants arborent fièrement des ersatz du masque de Black Panther, héros futuriste et écolo du film plébiscité dans les salles obscures il y a deux ans par toute l’Afrique subsaharienne et par les diasporas à fort taux de mélanine.

Il y a même fort à parier que nous continuerons d’arborer le masque-barrière après la fin de la pandémie. N’avons-nous pas, au Sénégal et ailleurs, des raisons tout à fait valables de le faire ? Pollution atmosphérique, gaz d’échappement, poussières…

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Et puis il y a cet effet de mode, qui pourrait être le vecteur d’une transformation plus profonde. Car au-delà du fait que le masque peut se révéler fort pratique. L’anonyma par le masque contribue à une affirmation des individualités, dans une société sénégalaise où le culte des valeurs symboliques de la vie en communauté et de l’allégeance au groupe est très prégnant.

Peut-être même que, dans notre pays, toujours pudibond quoique espiègle, les amoureux pourront se tenir la main et déambuler en toute tranquillité dans la foule. L’amour au temps de l’après-corona. Bas les masques ! Et vive le masque-barrière.

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