Dakar: un hôte de marque nommé Raoult

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Natif du pays de la Teranga, le professeur Didier Raoult était récemment à Dakar. Un séjour aussi scientifique que personnel pour « un enfant du pays ».

Voilà une visite qui, en ces temps de pandémie du Covid-19, n’est pas passée inaperçue au pays de la Teranga. C’est celle d’un natif du Sénégal devenu célèbre, mais aussi controversé à travers le monde, pour avoir défendu l’usage de l’hydroxychloroquine et de l’azythromycine comme traitement au Covid-19. Est-il besoin de préciser qu’il s’agit du professeur Didier Raoult ? Ce spécialiste des maladies infectieuses, professeur de microbiologie à la faculté des Sciences médicales et paramédicales de Marseille, dont il dirige l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, a donc séjourné au Sénégal du 26 au 31 mars. À son programme : suivi des travaux en cours, prélèvements pour des recherches sur les variants du Covid-19, rencontres avec des soignants et scientifiques ou encore transfert d’outils de diagnostic. En somme, une semaine bien chargée.

Lors d’une conférence qu’il a tenue le 31 mars à l’Institut de recherche en santé, de surveillance épidémiologique et de formation (Iressef), un pôle scientifique situé à Diamniadio, à 25 kilomètres de Dakar, le professeur Didier Raoult a redit sa « joie » et son « bonheur » d’être au Sénégal. Lui qui a conservé des « souvenirs attachants » de son pays natal et qui y entretient des liens étroits tant personnels que professionnels, avait dû différer son projet de déplacement de l’année 2020 en raison de la pandémie. « Il faut savoir que depuis 2008, il passe chaque année au moins une semaine au Sénégal pour des travaux de recherches et pour suivre la formation de jeunes chercheurs », explique le Dr Cheikh Sokhna, biologiste sénégalais qui collabore avec le professeur Raoult en tant que directeur de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) de Dakar, mais aussi en qualité de responsable d’une équipe de chercheurs de l’IHU de Marseille.

Des travaux de recherche sur les variants du Covid

L’une des raisons de la venue du spécialiste des maladies infectieuses et pathologies spécifiques aux milieux tropicaux concernait le lancement de recherches sur l’émergence des variants du Covid-19. « Nous avons passé quelques jours dans la réserve de Bandia, à 80 kilomètres de Dakar, pour faire des prélèvements sur les singes verts, des primates vivant à proximité des habitations, pour voir s’ils étaient porteurs de pathogènes du virus et si, ensuite, ils pouvaient le transmettre à l’homme », détaille le Dr Cheikh Sokhna. Au-delà de ses prélèvements, l’IHU de Marseille travaille d’ailleurs actuellement à l’identification de la source des premiers variants découverts en Afrique et sur l’émergence des variants du Covid-19, en collaboration avec les chercheurs de l’Iressef de Dakar.

Pour faciliter le diagnostic et renforcer les capacités des structures sanitaires sénégalaises, l’IHU a transféré à l’IRD un test PCR spécifique permettant de détecter ces variants. « Avant, il était nécessaire de faire un séquençage pour obtenir cette information. C’était complexe, long et cher. Ce test a déjà été essayé par l’IRD, et les essais sont en cours à l’Iressef », renseigne l’expert sénégalais, avant d’ajouter que, grâce à ce transfert d’outils de diagnostic, « une veille des variants pourrait être mise en place qui permettrait de réaliser une bonne cartographie des variants donc, à terme, de proposer une stratégie de riposte efficace au ministère de la Santé et de l’Action sociale sénégalaise. »

Un engagement qui dure

L’investissement scientifique du Pr Raoult au Sénégal remonte à 2008. En 2012, l’IHU a ainsi permis l’installation d’une plateforme de recherche à l’hôpital principal de Dakar en l’équipant d’un spectromètre de masse pour faciliter un diagnostic rapide des bactéries. C’est le premier appareil de ce genre en Afrique. En partenariat avec l’IRD notamment, des points of care (POC) sont créés dans trois régions du Sénégal (Dakar, Fatick et Sine Saloum). Ces petits laboratoires permettent un diagnostic rapide des maladies et jouent un grand rôle dans le dépistage du Covid-19. « Nous avons le projet d’en créer un à Touba en septembre pour le Grand Magal, l’importante fête religieuse de la confrérie des Mourides, et de dupliquer le modèle en Casamance et à Saint-Louis », rapporte le Dr Cheikh Sokhna.

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Transfert de compétences et de technologies

Le Pr Didier Raoult a également insisté pendant son séjour pour un transfert de technologies en matière de recherche scientifique avec les outils les plus modernes, pour que les instituts du Nord et du Sud puissent collaborer dans les mêmes conditions. « L’idée, c’est de collaborer entre instituts de recherche pour que le niveau technologique, les équipements soient les mêmes et qu’on aide à former ensemble de jeunes Sénégalais », a-t-il plaidé. En aidant à ce transfert, c’est aussi la volonté d’aider le pays pour gérer au mieux les mutations des virus. Dans cette volonté de mutualiser les équipements et les savoirs, il est question de transférer les équipes de l’IRD au pôle scientifique de Diamniadio de l’Iressef, « les équipes travaillent sur des études complémentaires », rappelle le Dr Sokhna.

La collaboration entre l’Iressef du Pr Souleymane Mboup, l’IRD du Dr Cheikh Sokhna et l’IHU du Pr Didier Raoult est déjà effective puisque deux doctorants de l’Iressef suivent une formation alternée à l’IHU en France et à l’Iressef au Sénégal. D’autres doctorants devraient rejoindre par la suite cette initiative pour une formation alternée sur les deux continents. Un positionnement que partage le Pr Mboup : « Nous avons les mêmes objectifs : former la prochaine génération, en particulier sur les techniques d’avenir. »

Une reconnaissance aussi scientifique qu’affective…

Didier Raoult a gagné une notoriété mondiale en 2020 avec son traitement contre le Covid-19 à base d’hydroxychloroquine et d’azythromycine, non sans s’attirer de nombreuses critiques de la part du milieu scientifique. C’est ainsi qu’une plainte a été déposée par l’Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône pour entorses à la déontologie. Si la controverse est vive en France, il n’en est rien au Sénégal où son protocole a été adopté dès le début de la crise sanitaire. « Le conseil scientifique a été meilleur ici qu’en France. Les décisions politiques prises ici ont été beaucoup plus lucides que celles qui ont été prises en France, notamment via l’hydroxychloroquine », a-t-il taclé ajoutant que « le Sénégal a beaucoup à nous apprendre ».

Autre différence notable entre les deux pays : si, en France, sa personnalité et ses positions divisent, au Sénégal, il est accueilli chaleureusement, presque comme un héros. « Les Sénégalais l’aiment beaucoup et en sont fiers. Il est très connu. Dès l’aéroport, les gens voulaient prendre des photos avec lui et cela a continué à chacune de ses sorties », s’amuse le Dr Cheikh Sokhna, devenu un ami. Reconnu par la population sénégalaise, l’expert l’est aussi par les autorités sénégalaises. Après avoir rencontré le 30 mars, le ministre de la Santé et de l’Action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr, ainsi que les équipes chargées de la lutte contre le Covid, il a été reçu en audience par le président de la République, Macky Sall. Accueilli avec les honneurs, il a été fait commandeur de l’Ordre national du Lion. « Une grande fierté ! » a tweeté ce fils d’une infirmière et d’un professeur de médecine tropicale des Armées en poste à Dakar au moment de sa naissance et d’une partie de son enfance.

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